Les travaux du Dr. Michael Kirton, l’auteur de l’outil psychométrique KAI (Kirton adaptor-innovator index), permettent de mieux comprendre les styles de créativité propres à chacun. L’ensemble de la population est distribué selon une courbe de Gauss (en forme de cloche). L’échelle de l’outil est graduée de 32 à 160. Les deux tiers de la population se situent entre 78 et 114. À une extrémité, on retrouve les adaptateurs et à l’autre, les innovateurs. Les gens de style adaptateur, qui opèrent à travers les barrières et les limites des paradigmes existants, obtiennent la cote la moins élevée de l’échelle. C’est l’affaire de ceux qui préfèrent penser dans la boîte, d’améliorer les choses et les rendre plus performantes ou de meilleure qualité. On les retrouve surtout dans des environnements traditionnels qui prennent beaucoup de temps à changer. Les banquiers, les comptables, les fonctionnaires, les ingénieurs et les professeurs sont représentatifs de ce style.
Les gens de style innovateur obtiennent quant à eux, la cote la plus élevée. Ils se positionnent à l’extrême droite de l’échelle. Ils se distinguent des adaptateurs, préférant briser les barrières existantes en partant de la page blanche et changer ainsi les paradigmes. Ils aiment penser entre les boîtes afin de travailler avec des idées qui semblaient à priori non reliées. Ils essayent de changer nos vies en inventant de nouveaux marchés, de nouveaux produits ou les deux. On retrouve bien sûr, dans cette catégorie de libres penseurs, les entrepreneurs.
D’un autre côté, les chercheurs chevronnés préfèrent utiliser l’approche effectuelle. Il y aurait-il un lien entre le KAI et l’effectuation?
Les chercheurs croient que l’effectuation, n’est pas un trait de la personnalité tel que mesuré par le KAI. Il constitue plutôt un élément fondamental de l’expertise, qui peut être acquise à travers les activités réalisées par un entrepreneur lorsqu’il se lance dans une nouvelle aventure et qu’il doit faire face à un monde incertain. Les entrepreneurs effectuels parviennent, grâce à la cocréation, à réinventer leur marché ou à créer de nouveaux produits. Et n’importe qui peut acquérir cette expertise, quel que soit son trait de personnalité. Mais j’imagine aisément qu’un entrepreneur effectuel, qui n’est pas innovateur au sens de Kirton, serait incapable de percevoir les éléments subtils entre choses pour éventuellement faire naître une nouvelle opportunité d’affaires. Il faut donc une certaine dose d’innovation aussi.
Les traits de personnalité et l’effectuation se rejoignent quelque part puisque la finalité est la même. Un entrepreneur innovateur ou un entrepreneur effectuel parviennent au même résultant, créer de nouveaux marchés ou de nouveaux produits, en empruntant des routes différentes.
Il y a bien sûr des traits de personnalités qui sont associés de près à l’effectuation (l’estime de soi, le locus de contrôle, etc.), et l’esprit d’innovation peut être un de ceux-là. Mais avis aux intéressés, aucune recherche n’a été entreprise en ce sens jusqu’à présent.
