Besoin d’aide pour innover?

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C’est bien connu! Un dirigeant d’entreprise teint son entreprise de sa personnalité, de ses croyances, de ses habiletés et de son expérience. Au cours du développement de son organisation, il franchira cependant trois âges. Le premier âge, celui de la dépendance, est atteint lorsque naît son projet. Il se met en quête d’information et tente de réunir les précieuses ressources pour le démarrer. Très ouvert à toutes aides provenant de l’extérieur, il est prêt à modifier son projet en fonction des rétroactions qu’il reçoit de son environnement. Mais lorsque son idée faite, c’est l’âge de l’indépendance. Plus rien ne semble ébranler ses convictions. Il vit une lune de miel avec son projet croyant qu’il maîtrise parfaitement sa destinée.

Tôt ou tard, il sera confronté à des problèmes plus sérieux. Les clients ne sont pas au rendez-vous. La compétition plus vive que prévu. Ses habiletés de gestion défaillantes aux plans de la vente et du marketing. Les produits ne sont pas toujours à la hauteur des attentes des clients. Si le décalage entre ses perceptions initiales de son environnement et la réalité est trop grand, il lui sera impossible de réajuster le tir et son entreprise disparaîtra. S’il survit à ces problèmes, il atteindra peut-être l’âge de raison, c’est-à-dire, celle de l’interdépendance. Ceux qui l’atteignent sont devenus par la force des choses, des entrepreneurs accomplis.

La majorité des dirigeants que j’ai rencontré et ayant atteint l’âge de l’interdépendance font partie d’un réseau qui offre des services à valeur ajoutée. Sans ces services externes, plusieurs déclarent qu’ils n’auraient pu se rendre aussi loin avec leur entreprise. En voici quelques-uns:

Le Groupement des chefs d’entreprises du Québec (GCEQ) est un réseau de vie par excellence. À ses débuts, plusieurs croyaient que la mentalité des gens d’affaires résisterait au principe de l’entraide. Mais l’idée a tenue la route.  Quelques 1000 dirigeants de PME parmi les plus fleurissantes au Québec se réunissent à tous les mois afin d’échanger entre eux et apprennent ensemble comment faire progresser leur entreprise et surtout comment devenir de meilleurs dirigeants.

Les centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) font , pour les petites, moyennes ou grandes, des activités de recherche appliquée, d’aide technique à l’entreprise et d’information afin de contribuer à l’élaboration et à la réalisation de projets d’innovation technologique, à l’implantation de technologies nouvelles et à leur diffusion, dans un domaine particulier.

Solutions Antenne, un réseau axé sur le développement des marchés. Il permet d’identifier parmi les 70 000 invitations à soumissionner lancées chaque année par les gouvernements, celles qui correspond le mieux  aux attentes et aux besoins de ses membres. Plus de 100 milliards de dollars en contrats gouvernementaux sont désormais à leur portée.

Il existe aussi plusieurs services spécialisées s’adressant à des industries spécifiques. Plusieurs de ces réseaux aident les entreprises à prendre le tournant de l’innovation et à accroître leur compétitivité.  En ce sens, Forintek, un institut de recherche de niveau international se spécialisant dans les produits de la forêt, est un bel exemple de réussite. L’institut a contribué à mettre au point pour le compte de l’entreprise CO2 Solution, un procédé biologique qui permet de transformer le gaz carbonique en produit inoffensif pour l’environnement. L’institut a aussi testé pour le Groupe Lebel, les qualités des planches de pin gris DreamWood qui ont l’avantage de résister à la pourriture, sans avoir recours à des produits chimiques. Forintek, c’est aussi une source prodigieuse d’information sur les tendances, les défis et les opportunités de cette industrie.

L’industrie du bois vit un tournant sans précédent

Le jataka, le zebrano, le cabreuva, ces essences tropicales de bois, inconnues il y a quelques années, envahissent de plus en plus les marchés nord-américains. Faut-il s’en inquiéter? Pas nécessairement! Le mode actuelle favorise les couleurs foncées, donc les essences tropicales. Monsieur Pierre Blanchet, Ph.D., chef de produits pour Forintek croit que les préférences des consommateurs pour les couleurs foncées ne sont que passagères et que les essences plus pâles, dans lesquelles le Québec excelle, reviendront en force.

Si tout le monde s’accorde pour dire que nos forêts se dégradent, cela ne représente pas nécessairement un frein à la compétitivité de nos transformateurs. L’exemple de l’Italie est intéressante. Le pays qui bénéficie de peu de ressources forestières réussit quand même à tirer son épingle du jeu au plan des exportations de produits finis en bois.

De plus en plus féroce, la concurrence internationale menace néanmoins notre industrie de la transformation du bois. Quasi absente du marché américain il y a à peine dix ans, la Chine est désormais un concurrent sérieux et attaque de plein fouet les marchés occupés par les entreprises nord-américaines.

À chaque année, grâce à ses coûts de main-d’œuvre très bas et ses usines ultra-modernes, la Chine augmente de façon très agressive ses exportations. Chaque remontée de notre dollar menace encore plus notre position sur le marché américain.

L’industrie québécoise du bois vit un tournant sans précédent. Les baisses appréhendées dans les approvisionnements de matières premières, les droits compensatoires imposés par les États-Unis sur le bois d’œuvre, la précarité du secteur du papier journal et l’accroissement de la concurrence internationale poussent nos transformateurs à innover. Sans quoi ils seront voués à disparaître. Ce tournant est déjà bien amorcé puisque depuis deux ans, les exportations des produits de bois à valeur ajoutée, soit de 2e et 3e transformation, ont rejoint nos exportations de matières premières.

Un produit innovateur est celui qui procure aux consommateurs des bénéfices tangibles. Collé sur les tendances et vendu à proximité d’importants bassins de populations, ce produit offre de bien meilleurs perspectives de réussite. La proximité du marché américain, demeure un atout important pour les entreprises québécoises.

De plus en plus de consommateurs aiment l’aspect unique et les attributs très attrayants du bois. Un matériau respectueux de l’environnement, sans effet nocif pour la santé, chaleureux et très esthétique. Des dirigeants ont déployé une imagination des plus fertile pour faire profiter ces attributs aux consommateurs en créant de nouveaux produits. Les possibilités d’innover sont nombreuses et en voici quelques exemples.

Les nombreuses façons d’innover

Inventez! On peut innover en créant de toute pièce un nouveau produit à partir de bois naturel comme les tuiles de couvre-plancher décoratives. Imaginées par Francis Gagnon de l’entreprise Tuiles bois franc, ces tuiles de format de 16 X 16 pouces sont réunies par un joint de caoutchouc et munies d’une membrane acoustique. Les tuiles qui offrent beaucoup de cachet, sont à la fois uniques, solides et très originales.

Changez les dimensions! Des entreprises fabriquent de lames de plancher de 10 ou 12 pouces  destinées à la parqueterie. Ces entreprises misent sur des formats non-standards pour se différencier.

Découvrez de nouveaux usages! On sait depuis longtemps que les barils de bois sont hydrofuges et peuvent durer des siècles. Pourquoi pas ne pas utiliser ces caractéristiques pour en faire des cuves de bains ou des éviers en bois? Chaque cuve en bois devient alors une véritable œuvre d’art pour le plus grand plaisir des baigneurs.

Maximisez la ressource! Ou comment faire des produits sensationnels à partir d’essences ayant peu de valeur commerciale. Une entreprise de Terre-Neuve fabrique des guitares sèches vendues à 800 $ pièce à partir de bouleau blanc. Du jamais vu!

Suivez les tendances! D’autres entreprises ont su tirer partie des tendances socio-démographiques. Les secteurs des lames de plancher en bois franc massif et d’ingénierie connaissent depuis 1992 une forte croissance. Deux entreprises du Québec, Boa-Franc (Mirage) et Groupe Lauzon, profitent largement de ces tendances. Une très grande qualité d’usinage, des produits plus résistants, une distribution efficace et un marketing très agressif ont permis à ces deux entreprises de figurer parmi le top 10 du marché nord-américain.

Devenez adepte de la personnalisation de masse! Parmi les autres produits sous la loupe de Monsieur Blanchet, mentionnons l’industrie des armoires de cuisine qui réussit à se protéger contre la concurrence étrangère parce que chaque cuisine est différente. Vive la personnalisation! L’industrie du meuble pourrait s’en inspirer en misant sur personnalisation de masse. Par exemple, la fabrication des éléments de base d’un meuble audio-vidéo pourrait être standardisée afin de diminuer les coûts et les consommateurs pourraient choisir la teinte, les portes, les moulures ou les tiroirs.

Pour terminer, si avoir une bonne idée de produit et disposer d’un bon réseau de distribution constituent deux atouts importants, on doit aussi compléter cette équation en développant de nouveaux procédés et équipements de fabrication et ce, afin de renforcir notre position concurrentielle. Cette carte cachée, utilisée avec succès par de nombreux fabricants québécois de lames de plancher, permet entre autres de diminuer les coûts de production ou les inventaires, d’augmenter la qualité des produits ou la rapidité de livraison. C’est loin d’être gagné puisque par exemple, les délais de livraison des manufacturiers québécois de meubles sont sensiblement les mêmes qu’en Asie, soit de sept à neuf semaines.

Monsieur Blanchet croit que l’avenir de l’industrie passe inévitablement par les services à valeur ajoutée. D’ici cinq ans, la consolidation de l’industrie entière deviendra un enjeu de taille. À l’instar de l’industrie des portes, nous verrons de plus en plus de dirigeants collaborer ensemble plutôt que de compétitionner, afin de résoudre les problèmes vécus par tous.

Qu’il s’agisse d’un réseau de vie ou de tâches, joindre un regroupement peut contribuer à votre succès. Il faut toutefois être assez humble pour reconnaître que nous avons besoin des autres pour réussir. À chacun son réseau!

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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