La puissance de l’intuition(5) – les étrangetés de « notre mental »

 

Par Erwan BUREL
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
http://www.haute-performance.fr

contact : erwan.burel@haute-performance.fr 

« L’intuition n’est rien d’autre que de la reconnaissance »

Herbert SIMON, spécialiste de la psychologie cognitive

Prix Nobel d’économie 1978. 

Cet article fait la part belle à quelques expériences menées en psychologie. Ce sera l’occasion d’exposer certaines capacités étonnantes de notre mental et d’en tirer des conclusions pratiques audacieuses pour notre prise de décision quotidienne. 

I – Nos deux pistes d’activité mentale 

Psychologue de renommée internationale, Daniel KAHNEMAN a reçu le prix Nobel d’économie 2002, a étudié l’incidence du facteur humain sur nos activités.

Les biais ou travers de comportements qui faussent le jugement sont de natures et d’origines différentes : 

• Biais cognitif liés à des défauts de compréhension (cadrage…), de mémoire (ancrage mental) ou liés aux habitudes mentales (dites « heuristiques »). 
• Biais émotionnel (peurs, envies, admirations, répulsions, fierté…) ; 
• Biais social (mimétisme de groupe ou de foule) ; 

D. KAHNEMAN a démontré expérimentalement que notre mental est double. 
Un mental intuitif qui travaille « en arrière-plan ». Rapide, automatique, sans effort apparent, associatif et implicite et chargé émotionnellement. 

Un mental réfléchi, celui que nous utilisons habituellement. Séquentiel, rationnel, il exige des efforts conscients. 

Fruit de leurs expérimentations, Daniel KAHNEMANN et Amos TVERSKY ont proposé 2 phénomènes comme étant à l’origine du processus de fonctionnement du mental intuitif. 

Influence 1 – L’humain a la capacité de développer des raccourcis mentaux évolués, nommés heuristiques, qui permettent des jugements efficaces et rapides. Ces repères perceptuels fonctionnent généralement bien mais peuvent aussi, à l’occasion, déclenché des illusions et des défauts de perception. 

 

Influence 2 – Nos intuitions seraient générées par des associations, que nous avons construites ou apprises, entre nos perceptions et nos représentations. Elles refont surface automatiquement sous forme de sentiments qui guident nos jugements. 

 

Les 2 processus mentaux travaillent ensemble, à notre insu. 
Quand nous parlons, les 2 processus sont à l’œuvre. Notre pensée (consciente) s’exprime selon des schémas syntaxiques et grammaticaux que nous prononçons automatiquement. Même si nous choisissons minutieusement certains mots, l’ensemble du propos prend la forme d’un programme appris. Les 2 processus sont alors intriqués. 
Nous pouvons même, à l’occasion, être surpris des propos que nous pouvons nous-mêmes tenir. Les idées, les mots et les intonations que nous exprimons nous paraissent alors étrangers (sinon étranges) et, pour le moins, nouveaux. 

II – Y-a-t-il un pilote dans l’avion ? 

 « Je suis un joueur intuitif. Je compte sur mon instinct ». Georges W. Bush 

Comme l’ont montré plusieurs études au cours des dernières décennies, la plupart des activités de traitement de l’information que réalise une personne dans ses activités courantes se produisent sous le seuil de son attention consciente. Nous faisons la plupart des choses sans même y prêter attention. [1] 

En réalité, nous traversons notre vie principalement en mode de pilotage automatique. Nos processus mentaux sont en très large majorité automatiques et inconscients. Nous ne nous en rendons même pas compte. 

C’est une réalité qui dérange car elle va à l’encontre de notre sentiment d’exister, de penser, de choisir, de décider et d’agir selon notre libre arbitre. 

L’étude des constituants qui façonnent nos intuitions montre que si ces éclairs de conscience alimentent notre créativité et son causes de nos succès mais aussi de certains échecs et d’une partie de nos peurs irrationnelles. 

III – L’intuition : résultat d’un apprentissage subliminal ? 

Quelques expériences scientifiques 

Stanislas DEHAENE, directeur de l’unité Inserm « Neuro-imagerie cognitive », a mis en évidence que l’on peut comprendre le sens d’un mot écrit sans même avoir eu conscience de le voir. L’expérimentateur projette sur un écran une liste de signes graphiques (des mots, des chiffres…) et demande à un sujet d’en choisir un, au hasard. Pour peu que l’image d’un de ces mots ou d’un de ces chiffres ait été préalablement diffusée pendant un laps de temps trop court pour qu’elle soit captée consciemment, le « cobaye » choisira de préférence le mot ou le chiffre correspondant à cette image subliminale. C’est ce que l’on nomme l’ « amorçage subliminal ». 

43 millièmes de secondes suffisent pour percevoir de manière subliminale le mot. 

Kimihiro Nakamura, chercheur à l’INSERM (Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique) , a mis en évidence que l’amorçage subliminal s’affranchit de l’alphabet utilisé. 

Sid KOUIDER chercheur à l’INSERM (Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique) a, lui, montré que l’amorçage auditif subliminal existait également.

Le principe général de l’expérience était toujours le même : présenter un mot de manière cachée et observer son influence sur une tâche ultérieure. Un mot est enregistré puis compressé à un tiers de sa durée et incorporé dans un flux de bruits, pour qu’il devienne imperceptible consciemment. « Nous avons fait écouter à des volontaires ce mot “caché”, suivi d’autres sons. Les participants devaient choisir si ces derniers étaient des mots ou pas. Et l’expérience a montré qu’ils décident plus vite que le deuxième son qu’ils entendent est un mot, si le son “caché” est le même mot. 

Une autre expérience a été menée par Lionel NACCACHE (neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris et checheur à l’INSERM). l’équipe de chercheurs a mis en évidence qu’une partie du système limbique (l’amygdale située dans le « cerveau mammalien » émotionnel) réagissait lorsque le mot « masqué » recelait une valeur effrayante. Alors même que les trois patients testés n’avaient pas conscience de l’avoir lu. 
« Cela tendrait à prouver l’existence d’une première étape, inconsciente, dans le traitement d’un mot présenté visuellement de manière subliminale, avant que n’entre en jeu une amplification consciente. Il y aurait donc un décodage inconscient préalable de la signification du mot. » 

« Lorsque nous rapportons avoir conscience de voir un objet, ce n’est pas de l’objet extérieur que nous prenons conscience, mais plutôt d’une représentation visuelle élaborée par notre cerveau. Magritte avait raison avec son fameux « Ceci n’est pas une pipe ». Nous avons conscience de la représentation de la pipe et non de la pipe elle-même » , conclut Lionel NACCACHE. 

« L’apprentissage implicite, explique Pierre Perruchet du Laboratoire d’étude de l’apprentissage et du développement (LEAD) de Dijon 4, peut se définir comme une situation où l’on apprend sans en avoir l’intention et où l’on est incapable d’expliquer clairement ce qu’on a appris. » [1] 

La 1ère impression est déterminante 

Les psychologues Nalini MABADY (Université de Harvard) et Robert ROSENTHAL (Université de Californie – Riveside) ont montré qu’ils nous suffisaient d’un simple coup d’œil pour nous forger une opinion sur une personne, que cette impression soit positive ou négative. 

Alors que 6 secondes sont nécessaires, en moyenne, pour évaluer l’énergie et la chaleur qui se dégage d’une personne, d’autres études ont montré qu’un très bref intervalle de temps suffit à évaluer un visage (0,2 seconde). 
« Nous montrons que toute chose est évaluée comme bonne ou mauvaise en l’espace d’un quart de seconde » – John BARGH, psychologue à l’Université de Yale. 

Nous ressentons les choses bien avant de les analyser. Certains chercheurs avancent que la nécessité de la survie serait à l’origine de ces réactions profondément programmées en nous. La plus infime perception doit pouvoir être immédiatement interprétée comme étant bénéfique ou menaçante. L’expérience d’une menace ou d’un bienfait s’inscrit en nous, renforce et enrichit notre catalogue de réactions instantanées.

 

Conclusion 

Une partie de notre apprentissage est subliminal. Notre mémoire emmagasine, à notre insu, toutes sortes d’informations d’autant plus si elles sont liées à des émotions. 
Nos pensées, nos idées et nos actes sont influencées (et parfois guidés ?) par ces acquis inconscients. 

Il est probable qu’une part de nos intuitions, sinon la totalité, soit le résultat de l’émergence de ces apprentissages. 

Référence : 
[1] « Les automatismes cognitifs » – Pierre PERRUCHET – Pierre Margada Editeur

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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