Les entrepreneurs-gardiens

Une autre façon de soutenir les jeunes dans la création de leur entreprise.Image

Provenant d’un petit village pauvre et isolé du Karnatake en Inde,  Suresh arrive à seize ans, à Bangalore, les yeux remplis d’étoiles. Dès son arrivée à cette ville d’opportunités, il rêve d’une vie plus digne.  Il débuta comme homme à tout faire pour deux épiciers prospères dans le sud de Bangalore où il apprit pendant sept ans, les rudiments du commerce. Grâce à de petites économies (300 $)  et au soutien de ses deux mentors qui l’ont pris en charge, il se lance en affaires en tant que distributeur de légumes. Il démarre par la suite sa propre épicerie et connait le succès.

C’est ici que débute une expérience très intéressante visant à stimuler le goût d’entreprendre des jeunes. Suresh identifie de jeunes garçons (17 à 23 ans) provenant des zones rurales ou semi-urbaines, qui ont l’intention de démarrer leur propre entreprise, mais qui ne disposent pas des moyens, ni du support familial pour le faire.

Ces jeunes sont pris en charge par Suresh. Ils débutent en tant qu’apprentis dans sa propre entreprise et sont guidés dans leur cheminement entrepreneurial, par la haute direction et par Suresh. Les jeunes apprennent les bases des affaires et développent peu à peu leur esprit d’entrepreneuriat (apprendre de leurs erreurs, se prendre en main).

Les jeunes garçons n’ont pas de salaire. Au lieu de cela, l’entreprise prend en charge leurs besoins de base, l’alimentation, l’habillement, le logement (la maison des propriétaires de l’entreprise) et les soins de santé. Ils deviennent membres de cette famille élargie et développent ainsi un fort sentiment d’appartenance.

Un montant fixe (salaire) est cependant déposé tous les mois à la Banque, au nom de chaque jeune garçon. Ils n’auront pas accès à leur compte tant qu’ils n’y auront pas suffisamment d’argent pour démarrer l’entreprise de leur choix.

Pour satisfaire leurs autres dépenses, ils peuvent prendre quelques petits boulots comme laver des voitures, ou vendre de l’assurance, etc. La plupart de ces garçons préfèrent cependant investir dans leur éducation dans les collèges du soir, plutôt que dépenser pour leurs loisirs. Ils sont encouragés par Suresh de poursuivre leurs études à l’université.

Dès que le désir d’entreprendre se manifeste, Suresh leur vient en aide en devenant leur mentor, tant que leur entreprise ne se soit pas stabilisée. Ces nouveaux entrepreneurs sont encouragés à lancer leur entreprise dans leurs lieux d’origine et à reproduire ce même modèle.

Le modèle d’entrepreneur-gardien, reflète les valeurs du peuple indien telles la confiance, la frugalité et l’inclusion. Son modèle de promotion de l’entrepreneuriat contribue à la création de la valeur, à une croissance inclusive et à combler les écarts de niveau de vie entre les zones urbaines et rurales.

Mais ce modèle n’est pas seulement une façon de contrer la pauvreté. Il n’est pas non plus unique à l’Inde. Il peut aussi susciter l’innovation et le développement de richesses. Le Canada a aussi son entrepreneur-gardien. Son nom est Sir Terry Matthews. Il a fait fortune avec des entreprises telles Mitel et Newbridge Networks.

Sir Terry Matthews

Il fait appel à ses contacts afin  de connaître les problèmes de l’heure que vivent leurs clients. Un problème identifié, devient en quelque sorte, une opportunité pour un futur entrepreneur qui sort de l’université. Si une solution intéressante est développée, il y a déjà un premier client pour l’acheter.

Monsieur Matthews profite de ses conférences qu’il donne dans les universités, pour recruter des candidats-entrepreneurs. Il recherche, des candidats qui ont de la « drive », qui sont courageux et qui sont prêts à déployer plus d’efforts que la moyenne.  Il travaille en partenariat avec l’université ou le collège afin de suivre la progression pendant un an de ses jeunes prospects. Il ne recherche pas nécessairement ceux qui ont les meilleures notes, mais eux qui ont le goût de réussir, n’ont pas  enfants, non mariés, mais en revanche qui débordent d’enthousiasme.

Après les avoir identifié, lui et son équipe les passe en entrevue et leur fait cette intéressante proposition: « J’ai un client, voici le problème  à résoudre. Je vous offre un salaire de 25 000 $ pour vivre, des capitaux, de l’encadrement, et un lieu pour vivre (ils sont logés, nourris et blanchis) et travailler. La différence entre votre salaire et le salaire que vous auriez si vous étiez sur le marché du travail deviendra votre mise de fonds en contrepartie de mon investissement.  Si vous réussissez, d’ici un an ou deux, la compagnie vous appartiendra. Vous pourriez devenir millionnaire. Pour l’instant vous allez travailler fort et faire les sacrifices. Plus tard, vous pourrez vous amuser ».

Matthews investit le strict minimum, ce qu’il faut pour amener la solution sur le marché.  Ces entrepreneurs en apprentissage risquent de dilapider les fonds si trop d’argent leur est confié.  Selon lui, cela ne prend pas une tonne d’argent pour trouver une solution à un problème, mais beaucoup d’effort.

Mode de fonctionnement ressemble à la façon dont il a lui-même démarré en 72, avec  4 000 $ en poche provenant d’un prêt et beaucoup d’efforts, quitte à faire le tour de l’horloge.

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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