Caroline Néron, effectu’elle jusqu’au bout des ongles

Par Jean lepage avec la collaboration de Gaëlle Kein

La démarche créative des entrepreneurs n’a rien d’un « big bang » ou d’un moment de pur génie. Leur modèle d’affaires s’est plutôt raffiné peu à peu, pour devenir avec le temps un très grand concept. Lorsqu’ils désirent garder le contrôle dans la création de nouveaux marchés, ou lorsque le futur est incertain et imprévisible, les entrepreneurs chevronnés tels que Caroline Néron,  utilisent la logique de l’effectuation.

Dans un discours enflammé dans le cadre d’une activité du Réseau des femmes d’affaires et professionnelles de l’Outaouais, Caroline Néron a livré un vibrant témoignage de sa passion en tant que femme d’affaires, en insistant sur le plaisir d’entreprendre pour réussir à passer du rêve à la réalité.

Présidente de Bijoux Caroline Néron, l’artiste devenue entrepreneure a réussi à générer un chiffre d’affaires de 14 millions, après seulement 7 ans d’opérations.

Partir selon ses propres moyens

Agents d’immeubles prospères sur la Rive-Sud de Montréal, ses parents lui ont donné le goût, depuis qu’elle est enfant, de la négociation et de conclure des marchés. « Je suis une bonne vendeuse, parce que je crois, dit-elle. Si tu n’es pas convaincu, tu ne pourras convaincre personne».

Elle a connu à 21 ans, sa première expérience entrepreneuriale en démarrant, avec une copine, une petite entreprise de confection de petits pots pourrit (les fleurs séchées).  Elle entra en contact avec le dirigeant d’une entreprise afin de vérifier son intérêt. L’entreprise lui en commanda 900. Cette première expérience, même si elle n’a pas fait beaucoup d’argent, lui a permis de sonder sa fibre.

Après avoir abandonné l’université McGill après deux années d’études en finance, elle se concentre davantage sur sa carrière d’actrice. Elle fait des films, des séries, etc. pour ensuite se lancer dans la musique. Si le premier disque fonctionne bien, le deuxième s’avère un échec, peut-être à cause de sa photo d’album un peu trop subjective.

Portée par son intuition, Caroline Néron a eu l’idée de créer sa propre entreprise lors d’un voyage à Las Vegas, en 2004. « Après l’échec de mon deuxième album, racontait-elle, j’ai eu un flash pour pouvoir exprimer ma créativité sans être limitée par les exigences d’un producteur. Je suis passionnée de la mode et des bijoux qui expriment le souci du détail ».

Interagir avec les autres

Elle se lance dans l’aventure, crée sa propre entreprise et recrute un designer local pour l’aider à créer une petite collection de bijoux. Son ancien « chum » lui prête 10 000 $, qui lui sert de capital de départ, qu’elle complète avec une marge de crédit personnelle de 15 000 $. Et en quelques semaines, elle a un inventaire de bijoux et obtient un rendez-vous avec Les Ailes de la Mode, afin d’obtenir le droit d’y installer un présentoir pour sa première collection composée de 30 modèles. Le soir même, elle décide avec le directeur des ventes de l’endroit où il sera installé. Le lendemain, le détaillant lui passe sa première commande, de 25 000 unités. Sa cuisine devient son bureau et un entrepôt.

Suite à un conflit avec sa designer, elle décide de créer elle-même sa collection de bijoux. Malgré l’ajout d’un autre gros client, la Maison Simons, qu’elle négocie alors qu’elle étant en fauteuil roulant à la suite d’un accident de moto, son fonds de roulement fond à vue d’oeil.

Elle confectionne elle-même les bijoux, elle n’a pas de comptable, c’est son agent de presse qui fait la comptabilité. Mais elle n’est toujours pas rentable et perd de l’argent sur chaque bijou vendu.

Après l’avoir entendu en entrevue, la propriétaire d’une bijouterie de Victoriaville la contacte pour la distribuer dans sa boutique. Caroline Néron décide de prendre la route pour aller vendre. Elle obtient de plus en plus de commandes et travaille plus de 12 heures par jour pour les réaliser. Le nom de l’entreprise change au fur et à mesure que l’entreprise évoluait.

Elle embauche une vendeuse et fait alors environ 35 000 dollars de vente. Les ventes s’emballent, embauche une personne, une deuxième et franchis le cap des 100 000 $ de ventes. Elle ne retire toujours pas de salaire. Neuf personnes travaillent désormais dans le sous-sol de sa maison. L’entreprise est à l’étroit et déménage.

Créer des partenariats

Il lui faut désormais mieux d’entourer, un fiscaliste, un comptable, mais n’a pas les moyens de se le permettre. Elle décide de leur donner 5% chacun de la compagnie, en contrepartie de leur travail. Elle franchit rapidement le stade du million en chiffre d’affaires. Elle avait besoin d’un emprunt pour aller au niveau international, et elle obtient un prêt de 300 000$ auprès d’Investissement Québec.  Cet important investissement lui permet d’entrer aux Galerie Lafayette à Paris. Les ventes suivent, l’incitant à aller de l’avant et mettre en place toute une équipe à Paris. C’est l’échec! Elle ferme l’entreprise en France. Elle a 50 employés et doit déménager. Elle achète un immeuble avec des condos et un local commercial de 3000 pieds carrés

Elle décide de créer une première boutique au Carrefour Laval malgré les critiques de son entourage. Finalement, elle ouvre son kiosque et elle a un succès énorme. Elle possède maintenant sept boutiques. Elle échange des bijoux conte un panneau publicitaire sur le pont Décarie. TVA est impressionnée de voir qu’elle arrivait à se payer une pub de cette ampleur pour une telle période. Mais en fait, la firme publicitaire Patisson qui n’arrivait pas louer le panneau publicitaire, il a laissé le panneau.

TVA lui donne l’opportunité de créer sa boutique en ligne et lui ouvre des portes en France. Elle vend désormais sur la chaine française M6.

Sa recette du succès ? « Si tu te lances en affaires seulement pour faire de l’argent et que ce n’est pas une passion, oublie ça, ça ne fonctionnera jamais. Ou alors, tu vas faire partie des 5 % de chanceux. Il faut de l’acharnement, de la confiance, du pouvoir de persuasion ».

Un monde de requins

Six ans après des débuts difficiles, un apprentissage accéléré du métier, une croissance si rapide qu’elle fut parfois difficile à gérer, et quelques déceptions, les affaires roulent rondement. Mais on sent un peu d’amertume lorsqu’elle évoque ses premiers pas.

« C’est une embûche après l’autre. Il y a plein de requins qui rôdent autour de toi quand tu as de bonnes idées et que tu ne connais rien en affaires. Beaucoup de gens qui t’entourent prennent ton énergie sans trop s’investir, et c’est toi qui finis par payer. J’ai rencontré des personnes que je voyais comme des associés de rêve ; je leur ai cédé des parts que, finalement, j’ai rachetées trois fois. Je me suis fait avoir, mais j’ai beaucoup appris ».

L’histoire de Caroline Néron démontre que l’échec fait nécessairement partie du processus d’apprentissage. Le principe effectuel de la perte acceptable permet à l’entrepreneur de limiter les conséquences d’un échec, pour pouvoir recommencer ou encore saisir de nouvelles opportunités, sans compromettre l’entreprise.

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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