Élections 2012: Les quatre vérités sur l’entrepreneuriat (1 de 4)

Par Jean Lepage

lepage.jean@gatineau.ca

 

Faisant notre fierté dans les années 80, plusieurs d’entre nous se demandent comment raviver la flamme entrepreneuriale des Québécois. Cet enjeu de taille, pourtant crucial pour l’avenir du Québec, est peu discuté par les candidats aux élections. Adoptée en novembre dernier par le gouvernement du Québec, la stratégie québécoise de l’entrepreneuriat « Foncez, tout le Québec vous admire » est un pas vers la bonne direction. On ne peut être contre la vertu. Mais il faut faire beaucoup plus. Le dernier grand succès entrepreneurial que le Québec ait connu est le Cirque du Soleil, fondé il y a près de 30 ans. Cependant, comme le révèle les rapports du Global Entrepreneurship Monitor, les liens entre l’entrepreneuriat et la croissance économique sont très complexes et difficiles à faire. Et ce ne sont pas toutes les activités entrepreneuriales qui contribuent à la croissance économique. Le Québec est à la croisée des chemins. Il faut créer plus de richesse dans un contexte de vieillissement de la population, d’un risque de décroissance démographique, un accroissement de la dette et des citoyens qui sont déjà très sollicités par les taxes, les tarifs et les impôts.

 

On parle beaucoup d’entrepreneuriat, cependant les mythes sont tenaces. Et les mécanismes pour susciter le développement économique grâce à l’entrepreneuriat, sont méconnus de la plupart des acteurs, responsables justement de notre prospérité économique.

 

J’ai donc décidé de publier quatre articles sur le sujet, en espérant qu’ils sauront inspirer les candidats. Ils porteront sur les quatre vérités de l’entrepreneuriat, et sur les gestes à accomplir pour créer une véritable révolution entrepreneuriale dans votre communauté.

 

Les quatre vérités sur l’entrepreneuriat

 

1)      La culture entrepreneuriale ne suscite pas nécessairement l’entrepreneuriat

 

L’analyse des facteurs qui contribuent à une culture entrepreneuriale vivante et dynamique est très complexe. L’OCDE a d’ailleurs déterminé une soixantaine de critères pour évaluer la vigueur de culture entrepreneuriale d’une région. Cependant, bien des chercheurs ont tenté, en vain, de faire un lien entre la vigueur de la culture entrepreneuriale et le taux de création en entreprise. Le seul critère qui a permis d’établir ce lien est le taux de croissance de la population. Or, le Québec est aux prises avec un défi démographique important. A terme, on parle même d’une décroissance. Tout au plus, les acteurs peuvent agir sur les conditions gagnantes pour créer un climat d’affaires dynamique et plus propice à l’entrepreneuriat et à la conduite des affaires. Ces conditions sont reliées au développement de l’écosystème entrepreneurial (voir quelques critères pour évaluer la vigueur de l’écosystème de votre région).

 

La culture d’une nation est très longue à changer, et peut s’étendre sur plusieurs décennies. On ne peut donc espérer changer notre situation à moyen terme et rattraper le reste du canada. Pour des raisons culturelles et sociétales, les Québécois, comme les Suédois et les Français, préfèrent l’emploi à l’entrepreneuriat. Le filet social, le faible taux de chômage que l’on vit présentement, les bonnes conditions offertes par le secteur public et la très grande variété de l’offre d’emplois, nuisent au développement de l’entrepreneuriat. Et ce n’est pas demain la veille que cela va changer, même si on met des millions de dollars pour promouvoir l’entrepreneuriat sur le plan national.

 

L’entrepreneuriat est avant tout un phénomène de proximité. Chaque localité peut constituer son propre terreau pour le favoriser. La stratégie qui fonctionne en Beauce, ne peut être la même qu’à Gatineau ou à Montréal. Et nous avons pu voir comment des localités comme Saint-Damien et l’essaimage autour de l’entreprise de fabrication de produits de plastique IPL, ont permis de stimuler le développement économique de toute la région, en favorisant la création de dizaines de nouvelles entreprises, dont plusieurs innovantes. Le développement d’une culture entrepreneuriale doit se faire localement (ville, arrondissement, MRC, etc). Elle doit impliquer tous les acteurs et en particulier les entrepreneurs eux-mêmes. Ensemble, il est possible de construire localement des écosystèmes dynamiques qui créeront de vraies communautés entrepreneuriales et susciteront l’entrepreneuriat.

 

Avez-vous un écosystème dynamique?

  • Leadership
    • Est-ce que les leaders publics agissent avec énergie en faveur des entrepreneurs et de l’entrepreneuriat?
    • Ils ouvrent leurs portes aux entrepreneurs et font la promotion de l’entrepreneuriat.
  • Gouvernement
    • Est-ce que les gouvernements ont mis sur pied des institutions efficaces reliées à l’entrepreneuriat (instituts de recherche, liaisons outremer, forum)?
    • Enlever les barrières et les irritants à l’entrepreneuriat.
  • Financement
    • Est-ce que les sources de capitaux procurent de l’équité aux entreprises qui sont au stade de précommercialisation?
    • Ajoute des valeurs non monétaires tels le mentorat et les contacts.
  • Histoires à succès
    • Est-ce qu’il y a des histoires visibles de succès qui inspirent les jeunes et ceux qui ont l’intention d’entreprendre?
    • Montre aux personnes qu’ils peuvent eux aussi devenir entrepreneurs
  • Normes sociales
    • Est-ce que la communauté tolère les erreurs honnêtes, les échecs honorables, la prise de risque et la pensée contraire à l’opinion générale?
    • Être entrepreneur est un métier respectable.
  • Institutions non gouvernementales
    • Est-ce qu’il y a des associations sans but lucratif et industrielles qui aident les investisseurs à se réseauter avec les entrepreneurs de manière à ce qu’ils apprennent à mieux se connaître?
    • Font la promotion et s’allient avec les entrepreneurs (associations dans le logiciel ou dans la biotechnologie)
  • Appuis professionnels
    • Est-ce qu’il y a des professionnels orientés vers  le développement des entreprises, tels que comptables, avocats, consultants techniques ou de marché?
    • Prêt à travailler à forfait, à reporter le paiement de leurs honoraires ou à les échanger contre des actions.
  • Infrastructure
    •  Est-ce que les infrastructures publiques sont suffisantes?
    • Transport (rail, aéroport, routes), de communication (sans fils), d’espaces de bureau et industriels?
  • Institutions scolaires
    • Est-ce que les institutions scolaires enseignent  les bases de la finance (les budgets, l’administration de l’argent) et l’entrepreneuriat dès la fin du secondaire et au CEGEP?
    • Le corps enseignant peut prendre une année sabbatique pour contribuer aux démarrages d’entreprises.
  • Main d’œuvre
    • Est-ce qu’il y a suffisamment de gens compétents et talentueux qui ont de l’expérience dans la création d’organisations, l’embauche, l’élaboration de structures, de systèmes, de contrôles?
    • Ont de l’expérience professionnelle en tant que conseillers ou de membres de conseil d’administration.
  • Réseaux
    • Est-ce qu’il y a des groupes formels et informels qui font des liens avec les entrepreneurs dans le pays, les diasporas ou encore des expatriés  réputés pour leurs réalisations?
    • Les liens entre les entreprises nouvelles et les succursales locales de multinationales.
  • Premiers clients
    • Est-ce qu’il y a des clients potentiels locaux disposés à donner des avis, particulièrement sur de nouveaux produits ou de nouveaux services?
    • Disposés à être flexible avec les termes de paiement afin d’accommoder les besoins en fonds de roulement des jeunes fournisseurs qui connaissent une croissance rapide.  
  • Concentration
    • Est-ce qu’il y a des zones géographiques qui ont une forte concentration d’entreprises à fort potentiel et à forte croissance?
    • À proximité des universités, de fournisseurs, de consultants, d’agences de standardisation, d’associations professionnelles
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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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