Ripples From Zampezi- Ernesto Sirolli

D’après le Global Entrepreneurship Monitoring (GEM.), le Québec accuse un retard important en matière d’entrepreneurship par rapport aux autres provinces malgré le fait que les ressources d’accompagnement y sont plus nombreuses.

Et si nous pouvions changer cet état de fait. Pourrions-nous accompagner différemment les entrepreneurs afin de créer plus de richesse dans la communauté ?

Dans son livre Ripples from the Zampezi, Ernesto Sirolli nous présente une philosophie de soutien à la petite entreprise très intéressante, qui a fait ses preuves dans plus de 200 communautés à travers le monde.

Son approche met l’emphase sur la capacité d’innovation, la passion, la créativité et l’habileté des entrepreneurs afin de créer un renouveau économique dans les communautés.

Alors qu’il travaillait dans une agence italienne de coopération en Afrique, Ernesto Sirolli a été témoin d’un cafouillage qui démontre l’absurdité de l’intervention de spécialistes. L’agence envoya dans une petite communauté le long de la rivière Zambèze (Zambezi) en Zambie, cinq coopérants pour enseigner aux habitants l’agriculture. Les coopérants avaient décidé que la qualité de vie des habitants serait augmentée par la culture de fruits ou de légumes. Fidèle à leurs racines italiennes, la première culture fût la tomate. La terre fertile, l’eau à volonté et le soleil d’Afrique ont fait pousser de belles tomates. « Voyez-vous comment c’est facile ? » disaient les Italiens aux travailleurs africains.

Puis, arrivé le jour de la récolte, tout avait disparu. Les coopérants ont aperçu dans la rivière un troupeau de 300 hippopotames en train de digérer les fruits de la précieuse récolte.

En voyant ces hippopotames, les travailleurs africains déclarèrent : « Oui, ils adorent cela. C’est pourquoi on ne fait jamais rien pousser près de la rivière ».

Cette histoire met en évidence le danger d’imposer une vision provenant de spécialistes externes à la communauté. Un expert représente l’autorité et cette relation de pouvoir intimide. Si les intervenants commencent à faire les choses à la place des clients, ces derniers vont devenir des spectateurs de leur propre projet.

Plutôt que tenter de motiver les gens et de faire pour eux, Ernesto Sirolli propose une autre approche. Etre disponible pour les passionnés, ceux qui croient fermement à leur projet. La passion humaine est donc au coeur de son approche.

Ernesto Sirolli a crée sa philosophie plus radicale de soutien à la petite entreprise centrée sur la personne en s’appuyant sur les travaux du psychologue Carl Rogers, d’Abraham Maslow et de E.F. Shumacher.

Les facilitateurs d’entreprises sont au coeur de sa démarche. Embauchés par un groupe de leaders de la communauté, leur principale responsabilité consiste à diminuer les obstacles à la croissance de leurs clients. Voici les conseils qu’Ernesto Sirolli prodigue aux facilitateurs afin que ceux-ci puissent intervenir efficacement :

Ne rien initier, ne rien faire

Les gens peuvent trouver des solutions à leurs problèmes simplement en en parlant. Le facilitateur doit être passif. Si les gens ne réclament pas d’aide, il ne doit pas leur en donner. Il doit aussi apprendre à se taire et à laisser ses clients exprimer le fond de leur pensée. Il ne faut surtout pas qu’il soit identifié comme un expert sinon les clients risquent d’être intimidés. Un bureau, des diplômes sur le mur, des livres peuvent être associés aux experts. C’est pourquoi le facilitateurs rencontre ses clients dans des endroits neutres.

Qu’est-ce qu’on évalue en premier, la personne ou l’idée?

Les facilitateurs travaillent avec les « amoureux » qui sont passionnés par ce qu’ils font, profondément attachés à leur projet même s’ils sont confrontés à de graves difficultés et non pas avec des « touristes » recherchant le projet idéal, la destination ultime mais qui ne sont pas attachés, pas commis à leur idée.

La tâche du facilitateur est d’identifier la passion derrière l’individu avant d’évaluer son idée. Il faut identifier ceux qui sont prêts à tout mettre en oeuvre pour que l’idée fonctionne. Ce type d’individus étant plutôt rare, il faut donc être patient pour trouver les bonnes personnes.

Une fois cette passion identifiée, le facilitateur enseigne à l’entrepreneur comment évaluer ses chances de réussite pour qu’il soit en mesure de prendre ses propres décisions. Une des tâches du facilitateur consiste justement à repérer toute incongruité dans l’idée et à amener le client à en prendre lui-même conscience.

Savoir mélanger passion et habileté

On ne peut créer sans habileté et on ne peut exceller dans ce que l’on fait sans passion. Le démarrage d’une entreprise fait appel à trois habiletés distinctes qui en sont le fondement :
1) La capacité techniques pour produire les biens ou le service
2) Les habiletés pour mettre en marché et vendre
3) Le sens des affaires, c’est-à-dire réunir les ressources nécessaires pour faire des profits

Les entrepreneurs font des choses extraordinaires quand ils aiment ce qu’ils font. Ils ont généralement une préférence pour une habileté. Mais si on les pousse à faire quelque chose qu’ils n’aiment pas, ils auront tendance à en minimiser l’importance.

Une bonne façon de découvrir sa passion pour une habileté particulière consiste à revoir avec eux
les grandes lignes du plan d’affaires et leur demander quelle section les excitent le plus. Rapidement, vous allez découvrir ce qui les intéresse le plus et les sections qu’ils auront tendance à escamoter.

Même si on tente de leur enseigner, il est impossible d’amener une personne à maîtriser parfaitement ces trois habiletés. La solution demeure le travail en équipe.

Travailler en équipe

Le succès d’une entreprise a généralement été l’affaire d’une équipe et non d’un seul individu. Le facilitateur recherche les entrepreneurs conscients de leurs faiblesses et prêts à travailler en équipe pour réaliser leur rêve. Afin de créer l’équipe autour de chaque entrepreneur, le facilitateur explore avec lui diverses possibilités, des associés, des volontaires (une forme de mentorat), des experts ou des fonctionnaires. Chaque membre de l’équipe formée autour de l’entrepreneur permet de réunir les expertises nécessaires à la croissance de son entreprise.

Le réseau de contact du facilitateur permet aussi d’accroître le nombre d’entrepreneurs aidés. Un conseil d’administration composé de leaders compétents et expérimentés joue un rôle clé, en appuyant de leur savoir-faire et leur réseau de contact, les actions du facilitateur.

Des résultats probants

La facilitation fonctionne parce qu’elle encourage plus de gens à envisager le démarrage de leur propre entreprise, permettant du même coup de créer une économie plus diversifiée et plus durable. Monsieur Sirolli a démontré que sa philosophie de soutien au démarrage d’entreprises pouvant, dans une communauté de 10 000 personnes, favoriser chaque année, le démarrage de 25 à 35 nouvelles entreprises. Pourquoi chaque localité du Québec n’aurait pas son propre facilitateur ? Une belle voie à explorer afin de développer une culture plus entrepreneuriale.

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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