C’est pas physique!

Par Jean Lepage

lepage.jean@gatineau.ca

Les mains moites, l’énergie sans borne, la sensation d’euphorie et l’exaltation reliée à la découverte d’une opportunité d’affaires, sont des signes qui ne mentent pas. L’entrepreneur est tombé en amour. Et c’est la passion qui lui donnera l’énergie nécessaire afin de surmonter la plupart des obstacles qu’il rencontrera. Une opportunité d’affaires existe à cause de l’émotion intense qu’elle procure. C’est vraiment le début du processus entrepreneuriale.

 

Comment naissent les passions?

 

À mesure que l’on balise nos champs d’intérêts, notre cerveau incube inconsciemment toute nouvelle information, jongle avec les possibilités, construit de nouvelles combinaisons jusqu’à ce que l’éclair jaillisse. Tout à coup tout prend un sens et le concept prend vie. À partir de ce point, plus rien n’est pareil. On développe un intérêt tel pour l’idée que rien d’autre ne peut sembler important. Certains, obnubilés par leur idée, en perdent même l’appétit ou passent des nuits blanches à travailler sur leur projet.

 

Tout se passe dans le cerveau. Un groupe de neurotransmetteurs appelés monoamines sont les vrais coupables de cet état d’esprit. La dopamine, qui peut aussi être activée par la cocaïne, l’adrénaline qui augmente nos pulsions cardiaques et la sérotonine qui peut temporairement nous faire perdre la raison.  Combinées, ces trois drogues de l’amour créent un cocktail chimique très puissant qui conditionnent la façon dont on perçoit et juge notre environnement.

 

Mais la passion n’est pas éternelle. L’effet de ce cocktail chimique persiste de 18 à 30 mois, juste assez pour lancer l’idée sur le marché, générer les premières ventes et passer à travers les principales difficultés. Le cerveau crée avec le temps une tolérance  face à ce cocktail, nous faisant retourner à notre état normal.

 

Ce retour à la réalité nous amène à faire des choix difficiles. Comme s’ils avaient fait le tour de leur jardin, certains voudront passer à autres choses, tandis que d’autres s’engageront à assurer la pérennité de leur entreprise.

 

L’amour avec un grand A

 

Si la passion est la composante motivationnelle qui pousse l’entrepreneur vers l’action, deux autres composantes prennent avec le temps la relève, soit l’intimité la composante émotionnelle, et l’engagement, la composante cognitive.

 

L’intimité réfère à la profondeur de la connaissance, à la maîtrise des différentes fonctions et au sentiment de sécurité que procure l’entreprise. Bref, l’entreprise et le marché n’ont plus de secret pour l’entrepreneur.

 

Lorsqu’une personne constate que l’opportunité lui convient, elle s’engage à la développer. Dans certains cas, l’engagement est tel que son entreprise devient sa raison d’être, son projet de vie. Le processus d’engagement se déclenche lorsque l’entrepreneur travaille sérieusement à son projet. Avec le temps, son engagement devient presque irréversible. Son attachement envers le projet et les sommes engagées sont telles que tout abandon du projet sera vécu comme un échec personnel.

 

 

Les trois composantes, la passion, l’intimité et l’engagement, sont le fondement de tout ce que l’on aime, notre famille, nos enfants, nos partenaires mais aussi une multitude de personnes et de choses pour lesquelles nous maintenons des liens avec des intensités diverses.

 

Le graphique suivant montre l’évolution des trois composantes de l’amour dans le temps. Après 18 à 30 mois, l’entrepreneur ne peut plus compter sur la passion pour continuer. Si l’engagement et l’intimité ne prennent pas la relève, c’est foutu. Le projet n’a plus de raison d’être.

 

 

Les entrepreneurs les plus fidèles auront développé avec le temps un amour profond pour leur entreprise. Semblables à des artisans, ils auront pris le temps de l’améliorer, de la modifier petit à petit, pour la rendre de plus en plus performante. De telles firmes, qui brillent par leur efficacité, en viennent à maintenir un haut niveau d’excellence, ce qui leur permet de maintenir des résultats supérieurs à la moyenne.

 

 

Nos « dépendants » de la passion

 

D’autres entrepreneurs carburent réellement à la passion. Dès que les effets du cocktail chimique qui provoque la passion s’estompent, il leur faut du changement. À mesure que leur expérience augmente, ils font preuve de plus en plus d’audace. Il existe trois genres de ces réels dépendants de la passion:

 

 

Les entrepreneurs en série

 

Les entrepreneurs en série achètent ou créent une entreprise, l’opèrent, l’améliorent, la revendent puis se lancent dans une autre aventure. On les retrouve autant dans la haute technologie que dans les entreprises de services personnels. Tantôt un bar, puis un restaurant et pourquoi pas la distribution d’eau de source. Ils sont très difficiles à suivre puisqu’il ne semble pas y avoir de fils conducteurs qui les amènent d’une opportunité à l’autre. Ces passionnés de leur travail qui vont d’une création à l’autre,  sont réellement nos artistes de l’entrepreneurship.

 

Les entrepreneurs de portefeuille

 

Ils construisent  de véritables petits empires au gré des opportunités qu’ils rencontrent.  Les « Donald Trump » et les « Paul Desmarais » de ce monde diversifient leur portefeuille avec des entreprises qui ne seront pas reliées entre elles à priori. 

 

Une fois qu’ils se lancent dans une nouvelle entreprise, ils font vite le tour de leur jardin puis en confient la gestion à une personne de confiance tout en n’en conservant la propriété. Une fois libéré de l’administration, ils partent comme des conquérants, en quête d’une nouvelle opportunité.

 

Les entrepreneurs de style CAP

 

Comme décrit dans l’article paru en septembre 2004 dans Réseaux, ces entrepreneurs exploitent les synergies autour d’un noyau de base dans le but de favoriser l’intégration verticale ou l’accroissement du pouvoir d’achat. Le développement de leur entreprise se fait en maintenant un rythme impressionnant d’acquisitions, d’innovations et d’alliances stratégiques.  Des entrepreneurs tels que Guy Métivier de IPL et Louis Garneau sont de ce style.

 

 

 

L’amour de sa vie

 

Bien que leurs profils psychologiques soient vraiment différents, tous ces entrepreneurs contribuent à l’accroissement de la richesse collective. Si les entrepreneurs de style CAP sont ceux qui créent généralement le plus d’emplois, ceux associés aux autres genres brillent par leur expérience et leur sens unique des affaires.

 

La relation qui unit l’entrepreneur et son entreprise est aussi très intense. Une partie importante de ses énergies est investie dans son idée, qui devient un projet puis une entreprise. Bref, pour les entrepreneurs, les liens qui les unissent à leur entreprise s’apparentent à l’amour. 

 

Cet attachement qui unit l’entrepreneur et son entreprise est unique à chacun. Une idée peut avoir du sens pour un entrepreneur tandis que la même idée peut totalement être ignorée par un autre. Certains trouveront dans l’exploitation d’une pizzeria, le projet d’une vie. D’autres ont constamment besoin de piquant et de changement, passeront d’un projet à l’autre sans réel engagement à long terme.

 

Chaque entrepreneur peut trouver, s’il est patient, l’entreprise qui représentera pour lui « l’amour de sa vie ». Robert Charlebois avait bien raison de dire dans une de ses chansons que « l’amour c’est pas physique, c’est électrique ».

 

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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2 commentaires pour C’est pas physique!

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