Comment créer une session idéale de brainstorming?

Jean Lepage

lepage.jean@gatineau.ca

Les chances que votre première et seule idée devienne un succès commercial sont très minces. Peu importe votre secteur d’activité, il vous faudra environ 3 000 idées brillantes pour dénicher celle qui saura épater vos clients.

 

Les séances de brainstorming peuvent être un moyen très efficace pour générer rapidement les 3 000 d’idées nécessaires afin d’alimenter la roue de l’innovation. Cependant, même si les règles de la créativité sont suivies (pas de censure, faire du pouce sur les idées des autres, laisser aller sa fantaisie et générer le plus d’idées possible), la tempête d’idées qui devait générer, comme par magie la solution révolutionnaire se transforme trop souvent en tempête dans un verre d’eau.  

 

Le manque de direction ou de créativité des groupes, les membres dominants et les conflits interpersonnels sont autant de facteurs qui contribuent à rendre nos séances de brainstorming improductives et stériles.

 

Il est toutefois possible d’améliorer drastiquement les résultats de vos séances de brainstorming. Le succès repose sur quatre ingrédients : la diversité du groupe, l’entraînement de chacun des individus, la variété des activités et un environnement stimulant.

 

Les contraires s’attirent?

 

Les séances de brainstorming les plus efficaces sont composées de quatre à six individus aux personnalités et aux savoir-faire différents. Le groupe produisant plus que la somme de ses parties, la diversité permet de générer quatre fois plus d’idées utiles.

 

Cependant, la différence de personnalité peut aussi devenir une source importante de conflits entre les participants. Plutôt que d’accepter les différences, nous avons tendance à nous associer avec des gens qui nous ressemblent. Mais la similitude amène à coup sûr une pénurie d’idée.

 

Certains individus ont besoin de disposer de tous les faits, de suivre une approche méthodique et logique avant de s’attaquer à un problème. D’autres, en revanche, explorent naturellement toutes les possibilités, jonglent avec les informations en se fiant sur leur imagination et leur intuition. Alors que les participants appartenant au premier groupe percevront l’approche des autres individus comme irrationnelles, à l’inverse, leur propre façon de faire risque d’être perçue par ces derniers comme étant trop lente et dénudée d’imagination. Pour créer la cohésion dans un groupe diversifié, il faut avant tout apprivoiser les différences.

 

 

 

D’autres éléments peuvent nuire à l’efficacité d’un groupe, comme la présence de spécialistes. Bien qu’ils contribuent généralement à rendre les séances plus productives, ils peuvent en revanche créer l’effet inverse en intimidant certains participants.

 

Parce qu’ils monopolisent le temps, les participants à la personnalité forte sont aussi une nuisance à cohésion du groupe. La présence d’un facilitateur permettra de surmonter ces écueils et rendra votre groupe beaucoup plus efficace.

 

Déprogrammer le cerveau…

 

La créativité fait un bond prodigieux entre la naissance et l’âge de 5 ans. Pendant cette période fertile, nos explorons, questionnons, expérimentons, inventons toutes sortes d’idées sans avoir peur du ridicule. Après, cela se corse. Nous apprenons des concepts pensés par d’autres et devenons conditionnés à donner la bonne réponse. Avec le temps, nous supprimons petit à petit notre créativité naturelle et nous nous fions de plus en plus sur notre logique et notre jugement.

 

Il est possible de réinstaurer notre plein potentiel créatif dans la mesure toutefois où on s’entraîne sérieusement. Comme nous avons tendance à juger prématurément les nouvelles idées, nous devons apprendre à suspendre notre jugement et savoir les juger de la bonne façon lorsque le temps est venu.

 

Un entraînement d’une journée n’aura pour effet que de sensibiliser les gens à la créativité. Un minimum de six jours d’entraînement est nécessaire afin d’ancrer de nouvelles habiletés créatives qui nous permettront de générer plus d’idées.

 

La variété

 

Le remue-méninges, la pensée latérale, le concassage, les analogies, les diagrammes d’idéation et l’analyse morphologique sont toutes d’excellentes techniques afin d’aborder la créativité selon différentes perspectives. Alors que certaines techniques sont plus appropriées pour générer beaucoup d’idées, d’autres s’avèrent plus efficaces pour décortiquer un problème ou explorer une situation sous un autre angle.

 

L’utilisation d’une seule technique comme le remue-méninges nous mènera inévitablement vers un cul-de-sac. Dans une session de brainstorming idéale,  on utilisera différentes stratégies faisant appel à l’une ou l’autre des techniques de créativité. Agencées dans un certain ordre, la tactique consiste à immerger les participants de stimulis, les provoquer, les déstabiliser pour qu’ils puissent faire des connexions inusitées.

 

La pression de l’environnement

 

L’environnement influence, de façon positive ou négative, la créativité d’un groupe. Une expérience a été tentée par deux chercheurs. Le décor : deux ponts au-dessus d’une rivière en Colombie-Britanique. L’un est en béton et l’autre suspendu au-dessus de la rivière rugissante. La mise en scène : une intervieweuse va à la rencontre de passants qui traverse un des ponts. Le scénario : les passants doivent reconstituer une histoire à partir d’une mise en situation.

 

Les chercheurs ont alors découvert que les histoires racontées par les passants qui traversaient  le pont solide étaient plus conventionnelles, voire très terre à terre. Celles provenant des passants qui traversaient le pont suspendu étaient beaucoup plus imaginatives et créatives. Un environnement qui sort de l’ordinaire, qui déstabilise, qui encourage le jeu, l’humour, la spontanéité et le plaisir est beaucoup plus propice à l’émergence des idées.

 

Le fameux test

 

Le chercheur américain Arthur B. Van Gundy a testé diverses méthodes de génération d’idées. Dans une expérience, il a constitué plusieurs  groupes qui avaient pour tâche de générer en 45 minutes, le maximum d’idées pour une nouvelle collation.  Un groupe, qui s’est avéré le moins performant, avait reçu comme seule consigne, de générer le plus d’idées possibles. Le groupe n’a pu générer qu’une trentaine d’idées, à cause de leur tendance à les juger prématurément.

 

À l’intérieur d’un autre groupe, on a réuni les quatre ingrédients de base pour réussir une session idéale de brainstorming : la diversité du groupe, l’entraînement de chacun des participants, la variété des activités utilisées et la création d’un climat favorable. Rien de moins que 310 idées utiles ont été générées par les membres, soit 10 fois plus d’idées que le premier groupe. Toute une performance!

 

Qu’est-ce qu’on fait avec toutes ces idées?

 

Quelqu’un doit prendre la responsabilité de raffiner, de grouper, de juger ou de trier toutes ces idées jusqu’à ce qu’elles se mettent à s’agiter, se mélanger et s’entrechoquer dans son cerveau. Et paf! On ne sait quand, on ne sait comment, l’éclair de génie jaillira. C’est comme si l’idée l’interpellait, comme si, tout à coup, il venait de tomber follement en amour. C’est cette énergie, cette folle passion qui le poussera à aller jusqu’au bout de l’idée, à la développer, à réunir des gens compétents afin d’être en mesure de la mettre sur le marché avec succès.

 

Désormais, n’acceptez plus que vos séances de brainstorming deviennent frustrantes ou stériles. Donnez leur du pep. En mettant en application ces quelques conseils, vous serez en mesure de mettre en valeur tout votre talent créatif et celui des autres membres de votre groupe. Pour l’amour de l’innovation, bien sûr!

 

 

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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