Misez moins sur les startups. Faites des entreprises à fort impact votre priorité!

Par Jean Lepage

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Des dizaines de pays s’intéressent au phénomène grandissant des startups. Elles ont vraiment la cote. Tout le monde veut les attirer pour relancer l’entrepreneuriat dans leur communauté. Ceci se reflète par le nombre grandissant de programmes pour les soutenir. Il y a des Startups Weekend, des Startups Visa, des Startups Chili, des Startups Russie… Le Québec n’échappe pas à cette vague.

Même le maire Régis Labeaume veut s’inspirer des meilleures pratiques de Silicon Valley pour créer à Québec un milieu propice pour investir dans ces jeunes entreprises et pour mieux les encadrer. Qu’on tienne pour dit, une stratégie de développement économique qui mise principalement sur ces startups est une stratégie vouée à l’échec. Soutenir nos startups n’est pas mauvais en soi, mais c’est une stratégie incomplète pour deux raisons:

1- La création de richesse ne peut se faire sans croissance. C’est lorsqu’elles sont dans cette phase que les entreprises contribuent le plus au développement économique, en créant des emplois, en générant de l’innovation et en élargissant l’assiette fiscale. Soutenir la croissance des entreprises post startup représente un défi beaucoup plus difficile à relever que leur démarrage. Nous devons collectivement mettre davantage d’effort pour financer et encourager nos fleurons de la croissance.

2- La plupart des programmes de startups évaluent leur succès par le nombre d’entreprises démarrées et non pas par leur qualité, c’est-à-dire celles qui atteignent la phase de croissance. La très grande majorité des startups n’atteindront jamais cette phase. Par exemple, le programme Startup Chile a réussi à attirer des talents du monde entier (comme Silicon Valley). Plus de 1 000 startups ont vu le jour jusqu’à présent. Mais la plus grande entreprise créée n’a que trois employés. Même son de cloche du côté du Danemark. Malgré le nombre élevé de startups, à peine 1 % répond aux critères d’une entreprise en croissance.

Si on regarde l’entrepreneuriat comme un moyen exceptionnel de créer de valeur, elle peut se faire de différentes façons. Rien n’indique que démarrer une startup constitue la meilleure façon de créer de la valeur. C’est une des possibilités, tout comme l’exportation, l’innovation, la croissance organique d’une entreprise, les fusions et les acquisitions, l’essaimage, ou encore, la valorisation d’actifs qui sont sous-évalués ou sous-utilisés.

La croissance nécessite le déploiement d’une quantité incroyable d’énergie et de dévouement de la part de la direction et des employés. C’est beaucoup plus difficile de réussir sa croissance que de lancer une startup.

La croissance implique le développement d’une puissance force de vente, l’embauche de talents, l’accès à des intrants stratégiques tels que les fournisseurs et les capitaux. Les gouvernements et les organismes doivent faire beaucoup plus pour accompagner davantage les dirigeants qui sont à la tête de ces entreprises.

Selon Daniel Isenberg, spécialiste des écosystèmes entrepreneuriaux, il est possible de soutenir les entreprises en croissance de trois façons :

1- Dénicher les entreprises destinées à la croissance et non celles qui survivent;
2- Miser davantage sur les startups qui créent de la valeur et non pas supporter les startups tous azimuts;
3- Enrichir le bassin de main-d’œuvre local. Les entreprises ne peuvent croître sans talents. Ils ont besoin d’un écosystème dynamique et de nouveaux employés compétents.

Il suffit qu’un petit nombre de telles entreprises pour générer la grande majorité des retombées économiques et sociales dont nous avons besoin. Une seule entreprise qui croit pour atteindre 100 employés en 5 ans génère plus de richesses que 50 entreprises qui stagnent avec seulement 2 employés.

Le mouvement Endeavor qui vise à accompagner les entrepreneurs à fort impact du monde entier (http://www.endeavor.org/blog/category/research/) a récemment démontré que deux à trois entreprises qui réussissent à passer à la phase de la croissance auront un effet d’entrainement sur des dizaines de successeurs en plus de stimuler la culture entrepreneuriale de toute la région.

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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