Le destin de Monsieur Baril- Créer son marché

Il y a des entrepreneurs qui laissent leur trace et qui vous marque profondément. Et avoir la chance de rencontrer des hommes ou des femmes comme Placide Poulin, Louis Garneau ou Cora Mussely Tsouflidou peut réveiller en nous la passion, allumer la flamme de la création.

Marcel Baril, fondateur des Ingrédients alimentaires BSA est de cette trempe. Cette entreprise de Montréal fabrique des épices irradiées, des lactates, des arômes et des mélanges d’ingrédients alimentaires aux goût de ses clients. Elle vend aussi des équipements alimentaires afin d’être en mesure d’offrir à ses clients une solution clé en main. Bien plus qu’un vendeur d’épice, BSA est avant tout un vendeur d’idées. Elle offre à ses client, un laboratoire et un centre culinaire afin de les aider à concocter des aliments qui maximiseront leurs profits tout en répondant aux nouvelles tendances du marché. Avec un chiffre d’affaires de 21 millions de dollars et ses 85 employés, BSA est devenue, grâce à la vision de monsieur Baril, le chef de fil de ce secteur d’activité. Ses clients tels La maison du Gibier, Olymel, Bœuf Mérite ou McCain sont réellement tombés en amour avec BSA parce qu’ils repartent avec des idées plein leur tête et des solutions concrètes.

Les plus petites entreprises ne sont pas laissés pour compte. Afin de mieux desservir les 1800 bouchers de l’est du Canada, il créé la division SMB. Des techniciens et non des vendeurs font les visites afin encore ici leur fournir à la fois idées et solutions. Un chef, maître charcutier, venu de France va même sur place leur montrer comment faire de la saucisse.

Lors de mon passage, l’entreprise était en plein agrandissement. Un investissement de 4,5 millions de dollars permettra à l’entreprise  de maximiser ses installations de production qui seront répartis sur trois étage. Il a aussi créé une division en Inde pour se rapprocher des sources d’approvisionnement. Ce pays présente un fort potentiel à cause de la classe moyenne qui devient de plus en plus importante. Il projette d’y construire une usine de mélange d’ingrédients.

L’homme derrière l’entreprise

Marcel Baril apparaît comme un homme calme, en pleine maîtrise de lui-même, un peu timide, préférant laisser toute la place à ses proches collaborateurs plutôt que se mettre en évidence. Il demeure bref sur sa vie mais peut parler des heures et des heures de son entreprise, sa véritable passion. Sa recette personnelle du succès se traduit simplement par ceci: travailler dur, aimer ce que tu fais et oser.

Des dizaines de figurines de cochons ornent son bureau symbolisant ses 40 ans de travail dans abattoirs et les salles de coupe pour la charcuterie. Après tout, c’est ce qui a donné vie à son entreprise. Les postes cadre qu’il a occupé furent pour lui la meilleure école de la vie. Il a appris à gérer avec succès divers projets, dont un encan électronique. Il a aussi travaillé pour deux entreprises spécialisées dans les ingrédients alimentaires, lesquelles sont devenus par la force des choses, ses concurrents. Rapidement, il découvre que les fournisseurs ne vendaient que des équipements ou des mélanges d’épices,

Ce qui lui a sauté aux yeux, c’est le manque d’assistance technique et la qualité des ingrédients. Il s’est mis dans la peau d’un utilisateur et a commencé à constituer sa propre entreprise résolument décidé de faire les choses autrement.

Autodidacte, Marcel Baril a appris à fabriquer les mélanges sur le tas. Il a commencé tout petit en faisait faire les mélanges et les recettes par la compagnie Bates de Toronto. Par la suite, il décide de tout faire lui même.

L’innovation fait partie intégrante de sa vie. Sa force c’est d’avoir des idées que personne d’autre a. Il fut le premier à avoir son propre chef cuisinier pour constituer les recettes. Il fut aussi le premier à faire irradier les épices. Cette solution représente un choix logique puisqu’il a l’avantage de tuer les bactéries sans attaquer la saveur, la couleur, les huiles et les arômes.

Selon lui, il est impossible de réussir sans innover, surtout dans son secteur où la compétition est vive et les marges bénéficiaires sont si petites. Pour faire sa place, on a pas le choix, il faut se différencier et non tenter de se battre avec des prix plus bas.

Mais remettons à César ce qui appartient à César, s’il s’est rendu aussi loin c’est un peu grâce au Groupement des chefs d’entreprises du Québec, un réseau d’entraide dans lequel il a été membre pendant de nombreuses années et surtout grâce à ses employés clés qui est devenus avec le temps de précieux collaborateurs.

La retraite, un problème de relève

Pour Marcel Baril, l’heure d’une retraite bien méritée a sonné.  Et comme 70 % des entrepreneurs qui prendrons leur retraite dans les 10 prochaines années, il est confronté à un sérieux dilemme, vendre son entreprise au plus offrant ou préparer la relève.

Il a pourtant reçu des offres plus qu’alléchantes pour l’achat de son entreprise mais ce n’est pas sa philosophie. Quand une offre généreuse d’achat se pointe, celle-ci provient souvent de l’extérieur du pays et l’entrepreneur n’a souvent pas le choix de vendre à cause du manque de préparation de la relève. Plusieurs de nos fleurons sont ainsi passés aux mains des étrangers. Le Québec perd peu à peu son tissus économique, ce qui désole monsieur Baril.

Lui a choisi l’autre voie, il a préparé sa relève à partir de ses employés clés. Sa première vendeuse, Nathalie Rivard, a occupé tous les postes de l’entreprise avant d’en devenir la présidente. Elle a suivi les traces de Marcel Baril en devenant membre elle-aussi du Groupement des chefs d’entreprises du Québec. Deux autres employés clés sont devenus aussi co-propriétaires, Rio Lalancette aux Finances et Pasquale Radesch aux équipements. Ensemble, ils ont pris la direction de l’entreprise. Marcel Baril lui, est toujours impliqué dans l’entreprise mais cette fois à titre de mentor.

Le chef d’entreprise doit apprendre à faire confiance à la relève et surtout savoir laisser sa place. Ce n’est pas toujours facile, surtout quand la relève provient de la famille. Il donne l’exemple d’une belle entreprise dans le secteur du métal dont son propriétaire est disparu sans s’assurer que son fils puisse prendre la relève. Quand son père était là, il prenait toutes les décisions, il mettait constamment des freins. Son fils doit désormais prendre seul toutes les décisions il manque d’orientation. Alors monsieur Baril lui est venu en aide. C’est sûrement plus facile de préparer la relève avec ses employés qu’avec les membres de sa familles car il y a trop d’émotion en jeu.

barilbsa

L’avenir de BSA est entre bonne main et les projets ne manquent pas. Monsieur Baril pourra  ainsi s’adonner librement à ses nombreux loisirs, le vélo, le Quad, le patin à roue aligné ou se prélasser sur une plage de Floride avec son ami Guy Lacasse, fondateur du Groupe Lacasse, un de pionniers de l’essaimage au Québec.

Publicités

A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s