L’incertitude, le terrain de jeu préféré des entrepreneurs

L’entrepreneuriat constitue un véhicule extraordinaire de création de valeur. On peut la créer de différentes façons. Plusieurs choisissent de démarrer une entreprise à partir de rien. C’est une des possibilités, mais qui est aussi la plus risquée et la plus difficile. On peut créer cette aussi cette valeur par les fusions et les acquisitions, l’essaimage, ou encore, la valorisation d’actifs sous-évalués ou sous-utilisés. Une entreprise qui ferme ses portes peut devenir une opportunité d’affaires pour des entrepreneurs audacieux et passionnés comme François Sylvain et Jean-François Bouchard.

En 2009, le fabricant de planches à neige Trak Sports de Cowansville, au Québec, doit fermer ses portes, faute de clients. Quelque 90 employés sont mis à pied. Une catastrophe pour la petite municipalité.

L’entreprise Trak Sports fabriquait des dizaines marques en sous-traitance et les a perdues une par une à cause de changements profonds dans l’industrie du ski. Après le rachat de la marque Karhu et Line par K2 Sports, qui rapatrie la production dans l’état de Washington, c’est maintenant au tour de Burton de couper les ponts avec l’entreprise. Les contrats se sont peut-être envolés, mais l’expertise et les équipements de production sont toujours là. 

Deux entrepreneurs et anciens travailleurs de Trak Sports décident de valoriser, chacun à leurs façons, les actifs sous-exploités de la défunte compagne.

Le designer et passionné du ski François Sylvain veut faire renaître le ski méta, et d’améliorer le concept, qu’il commercialisera sous le nom de ski Hok. Ce sport est inspiré d’une activité pratiquée depuis des siècles dans les monts Altai, en Sibérie.

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 Le ski Hok est un hybride entre le ski nordique et la raquette. C’est un petit ski muni de « peaux de phoques » synthétiques pour permettre les ascensions comme en raquette. La fixation libère le talon pour avancer comme en ski de randonnée. Lors des descentes, on peut profiter de la glisse comme en ski.

Le concept initial du ski Hok, appelé ski méta, est né il y a plus de 10 ans dans les locaux de la compagnie Karhu. La fixation n’était pas parfaite. La compagnie avait dû rappeler en 2003 quelque 420 paires de ski méta pour des problèmes de fixation. Le ski fut un échec commercial. Hormis l’Auberge de montagne, aucune autre institution touristique n’adopte ce produit. K2 Sports, le repreneur de Karhu, n’est nullement intéressé à exploiter ce ski nouveau genre.

En 2010, François Sylvain et son ancien collègue américain, Nils Larsen, lancent Altaï skis (altaiskis.com). « La fixation du ski Hok est plus légère et améliore nettement la marche. On a aussi un bien meilleur contrôle sur la vitesse qui permet des descentes tout en douceur, assure François Sylvain (@. Ce que l’on veut, c’est que nos clients aient du plaisir et ressentent les sensations du ski hors-piste non pas dans les Rocheuses ou dans les Chic-Chocs, mais près de chez eux, dans leur cour arrière. »

 François Sylvain explique les raisons du revers du concept initial du ski méta : « Il y a 10 ans, le marché n’était pas prêt à s’ouvrir à un tel produit, d’autant plus qu’il était assez cher. Mais aujourd’hui, la raquette a pris sa place dans le plein air et les gens sont à la recherche de nouveautés. On assiste en ce moment à une émergence de produits de niche, comme ce fut le cas dans les débuts de la planche à neige ».

François Sylvain a conseillé bon nombre de jeunes entrepreneurs québécois qui désiraient tenter la difficile aventure du ski. « Ce n’est pas une question de gros sous, dit-il. Il faut avoir la fibre entrepreneuriale, être vraiment passionné et même un peu fou! »

De son côté, en 2006, Jean-François Bouchard rachète une partie de l’équipement de la société Karhu. Il rapatrie l’équipement de production à Rimouski et fonde l’entreprise Utopie MFG à Rimouski.

Inexistants il y a quelques années, les skis et les planches à neige « made in Québec » sont désormais une réalité. Alt, Raccoon, Stanston, Xalibu, Tantal font partie de cette nouvelle filière de « micromarques ».Tantal-Photo-Principale-2

« Le ski traditionnel s’est scindé en plusieurs sous-marchés spécialisés et ce n’est pas rentable pour les grandes marques de fabriquer elles-mêmes leurs produits, car il s’agit de petits lots », dit Jean-François Bouchard.

La plupart de ces marques sont désormais fabriquées chez Utopie MFG. Un seul ski nécessite au moins 45 étapes de fabrication, explique Jean-François Bouchard, ex-planchiste de haut niveau. Pas étonnant que bons nombres d’entrepreneurs décident, parfois après quelques tentatives ratées, de lui confier en sous-traitance la production de leurs skis.

Une collaboration étroite

Au début,  Jean-françois Bouchard venait à l’atelier de prototypage de François Sylvain le dimanche matin à Ste-Anne-de-Beaupré à quatre heures de route…travaillait toute la journée pour produire des pièces sur ses équipements et repartait le soir tard pour assurer la production du lundi matin. En retour, François Sylvain lui prêtait ses équipements pour le prototypage de ses skis.

Depuis 2005, François Sylvain travaille avec la Chine pour ses clients en tant que désigner et pour Altai.  La partie n’est pas gagné, mais il rêve de rapatrier la production de ses skis au Québec. 

Comme le démontrent ces deux cas, si l’entrepreneur vit de l’incertitude, d’autres autour de lui le vivent souvent beaucoup plus mal; ses employés, ses clients, ses fournisseurs, ses concurrents… L’incertitude génère des peurs, des craintes, des indécisions et de l’inaction. Que ce soit une innovation mal exploitée, la crainte de faire faillite, une restructuration… l’incertitude vécue par les autres peut devenir une source d’opportunité pour les entrepreneurs, s’ils savent mieux vivre avec et en tirer partie. Les gens les plus inquiets face à l’avenir chercheront à se départir des sources de leur incertitude. Des actifs, des actions, des entreprises, des brevets vendus au rabais.

 Jean Lepage @jeantriski 

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 Pour d’autres articles sur l’incertitude, cliquez ici.

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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