Les 12 défis de l’Open Innovation

L’innovation ouverte (Open Innovation) est une stratégie de management qui préconise l’ouverture de l’entreprise vers des ressources externes, selon les principes de co-création et d’intelligence collective, pour stimuler son innovation.

De plus en plus d’entreprises qui parviennent à réduire leurs coûts et/ou augmenter leurs revenus au moyen de l’innovation ouverte. C’est le cas d’IBM, de la NASA, d’Intel, de MSD, d’Orange et de Procter & Gamble…

Un article récent dans le Harvard Business Review intitulé « The New Corporate Garage » décrit l’énorme opportunité que constitue la quatrième ère de l’innovation pour les grandes entreprises. Ils peuvent désormais adopter et adapter la plupart des outils développés propres à l’entrepreneuriat afin de renforcer la capacité à stimuler leur croissance.

Dans la course à l’innovation, les grandes entreprises se tournent de plus en plus vers les startups.

Pour les startups, c’est :

  • L’opportunité de rendre visible leur startup auprès de grands groupes et d’investisseurs pour des synergies commerciales et des partenariats;
  • Un lieu d’entraide et de partage entre entrepreneurs.

Pour les grands groupes et les investisseurs, c’est :

  • La possibilité de bénéficier de la créativité et de l’inventivité de milliers d’entrepreneurs, au moment où l’innovation bouleverse les chaînes de valeur;

110627_zm8se_cascades-lamaire-freres_sn635L’opportunité de développer l’agilité des grandes entreprises et développer de nouvelles zones de croissances est grande, mais présente aussi plusieurs défis. Voici les 12 défis de l’innovation ouverte :

  1. Selon le baromètre de l’innovation ouverte 2014 publié par Arthur D Little et Bluenove pour le Medef, 54% des grands groupes craignent en effet le vol ou le détournement de la propriété intellectuelle, et 38% expriment la peur de perdre le contrôle du processus d’innovation. Mieux vaut mettre dès le départ tous les sujets sur la table, en particulier ceux qui pourraient poser problème plus tard comme la propriété intellectuelle, le partage de la valeur, la gestion des fonds ou l’agilité des processus.
  2. On remarque dans certains cas une certaine incompréhension de la part des équipes en charge de l’innovation dans les grandes entreprises, qui éprouvent le sentiment d’être court-circuitées et concurrencées. L’open innovation peut faire peur en interne. C’est pourquoi plusieurs grands groupes débutent par des activités ponctuelles, favorisant graduellement le maillage de cultures afin d’invertir plus intensément.
  3. Certaines entreprises, dont la mort clinique a été diagnostiquée par le marché, demeurent étrangement en vie, parfois durant des années. Grâce aux subventions, aux bourses et aux crédits d’impôt pour la recherche et le développement, une entreprise dont les ventes sont inférieures à sa masse salariale peut en effet vivoter des années au Québec. On appelle ces organisations des entreprises zombies, parce qu’elles sont entre la vie et la mort. Qui plus est, elles sont aussi délétères pour la carrière de leurs employés. Les généreux crédits d’impôt au Québec conduisent les start-ups québécoises à investir trop dans le développement et pas assez dans la commercialisation. Ce phénomène s’appelle le « Corporate Welfare». On retrouve ces zombies dans plusieurs incubateurs/ accélérateurs, ce qui crée un doute sur leur efficacité réelle.
  4. Une clause standard dans l’industrie qui permet aux capital-risqueurs de récupérer leur mise (avant les autres) dans l’éventualité où le prix de la vente n’atteindrait pas le prix de conversion de leurs titres. Plusieurs actionnaires- fondateurs se retrouvent au statut de simples employés au sein de leur start-up, et que leurs investisseurs ne voulaient pas leur offrir un incitatif financier pour rester. Les actionnaires fondateurs devraient retarder le moment où ils devront céder des parts et être dilués, afin de laisser plus de temps pour créer de la valeur.
  5. La création de richesse ne peut se faire sans croissance. C’est lorsqu’elles sont dans cette phase que les entreprises contribuent le plus au développement économique, en créant des emplois, en générant de l’innovation et en élargissant l’assiette fiscale. Soutenir la croissance des entreprises post startup représente un défi beaucoup plus difficile à relever que leur démarrage. Nous devons collectivement mettre davantage d’effort pour financer et encourager nos fleurons de la croissance.
  6. La plupart des programmes de startups évaluent leur succès par le nombre d’entreprises démarrées et non pas par leur qualité, c’est-à-dire celles qui atteignent la phase de croissance. La très grande majorité des startups n’atteindront jamais cette phase. Par exemple, le programme Startup Chile a réussi à attirer des talents du monde entier (comme Silicon Valley). Plus de 1 000 startups ont vu le jour jusqu’à présent. Mais la plus grande entreprise créée n’a que trois employés. Même son de cloche du côté du Danemark. Malgré le nombre élevé de startups, à peine 1 % répond aux critères d’une entreprise en croissance. Aucune étude n’a encore démontré que créer le plus d’entreprises possible contribuera à la croissance économique, à l’innovation ou encore à la création d’emplois durable. La quantité entrepreneuriale n’a rien à voir avec la qualité entrepreneuriale. Il est préférable d’investir dans moins d’entreprises en démarrage et de se concentrer sur celles qui ont le plus de potentiel de devenir des entreprises d’envergure.
  7. Selon une étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), quelque 44 % des entreprises qui ont reçu du capital de risque ont été vendues à des intérêts étrangers, principalement des Américains, contre 34 % qui ont été cédés à des acheteurs canadiens. Dans seulement 13 % des cas, les entreprises sont demeurées indépendantes en faisant leur entrée en Bourse. Les chercheurs ont ensuite examiné de plus près 14 PME technologiques québécoises qui ont été vendues à des entreprises étrangères. Aujourd’hui, six d’entre elles n’ont plus aucune activité au Québec. Les fonds de capital de risque se donnent généralement 10 ans pour effectuer leurs investissements et s’en départir. Et quand ils sont prêts à vendre, les offres viennent le plus souvent de l’étranger. Il faut plus de compagnies canadiennes d’envergure qui pourraient acquérir des entreprises plus petites. La situation serait moins critique s’il y avait davantage d’inscriptions en Bourse, mais ce n’est pas facile de convaincre les fonds de se lancer dans une telle opération.
  8. On assiste mondialement à une multiplication des formules et des dispositifs afin d’attirer un nombre croissant de startups. En Europe seulement, il y aurait 200 incubateurs et accélérateurs. Chacun cherche la licorne, valorisée à plusieurs milliards de dollars. Elle est rare. Chacun doit passer à travers un volume très élevé de candidatures avant de dénicher les entreprises à plus fort potentiel. Y Combinator a reçu depuis ses débuts quelque 10 000 applications. 511 projets ont été acceptés et 37 d’entre eux sont qualifiés de véritables succès, parce qu’elles valent plus de 40 millions de dollars. Selon les nombreuses recherches, les incubateurs, accélateurs et espaces de coworking font généralement un bon travail d’assistance, mais n’ont pas encore démontré leur efficacité pour amener les entreprises à la rentabilité financière et au succès. Quand une grande entreprise s’intéresse à une startup, c’est davantage pour une question de synergie.
  9. Dans une startup, souvent l’entrepreneur à l’ego surdimensionné qui est persuadé de pouvoir tout réussir tout seul. Cet entrepreneur surévaluera la valeur de son entreprise, rendant les négociations très ardues. Les grandes entreprises doivent les éviter, même si leur idée est géniale.
  10. Les challenges et événements ponctuels ne permettent pas de diffuser de façon pérenne la culture start­up dans les grandes entreprises. Les entreprises optent alors pour des initiatives plus durables.
  11. L’accès au capital de risque peut créer problè Selon certains experts, sur 10 investissements: 5 sur 10 constituent une perte- 4 sur 10 récupèrent leur investissement- 1 sur 10 multiplient leur investissement par un minimum de 10. Si un investissement risque d’être perdu, les capitaux de risque tenteront peut-être de récupérer leur mise quitte à congédier l’équipe de direction ou même vendre les propriétés intellectuelles au plus offrant.
  12. De nombreux responsables politiques pensent que d’encourager plus de gens à lancer une startup, revitalisera l’économie et augmenter la création d’emplois. Les politiques etles initiatives destinées à augmenter le nombre de startups ne créent en fait que très peu d’emplois et de richesses. Chaque dollar investi dans l’expansion d’une entreprise constitue un meilleur placement que dans la création tous azimuts de startups.

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Jean Lepage

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A propos jeanlepage

Œuvrant dans les domaines du développement économique et de l’entreprenariat depuis plus de 25 ans, Jean Lepage a contribué à soutenir un bon nombre d’entrepreneurs dans la création et l’expansion de leur entreprise. Il a aussi lancé à son propre compte plusieurs entreprises. Aujourd’hui, il dirige une équipe composée d’une quinzaine de professionnels en développement économique au sein de Développement économique – CLD Gatineau. Il siège aussi sur plusieurs conseils d’administration et tables de concertation de divers organismes. A titre d’auteur et chroniqueur, il s’intéresse à la créativité et à l’innovation. Auteur du livre " Innover pour prospérer ", il a aussi publié une quarantaine d’articles dans le journal Réseaux.
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